Maggy Nagel a raison de mener sa politique

Marie-Laure Rolland du Luxemburger Wort a publié le 10 décembre un article sur la politique de culture de la ministre Maggy Nagel (DP), énumérant les mesures d’économie du ministère. Elle regrette qu’on dépense moins dans ce domaine et qu’on ose faire un lien entre l’économie et la culture. La rédactrice ne formule qu’une seule entre beaucoup de critiques qui ont été formulées ce dernier temps. Mais Maggy Nagel a bien raison de poursuivre sa politique.

Le secteur de la culture est en vie, il est solidaire et il a des intérêts: quelque chose d’assez visible depuis la constitution du nouveau gouvernement il y un ans. Après il y a les redacteurs du Luxemburger Wort qui sont contents d’avoir des porte-paroles, comme l’était, de façon ironique on devrait ajouter, Guy Rewenig il y a quelques jours. Leur critique tout de même est identique: faire des économies au dos de la culture est injuste, la culture enrichie et elle est utile.

Au Luxembourg le budget pour la culture était de 115 millions d’euros en 2013, étant 1% du budget de l’État. Avec tous les autres acteurs étatiques (p.ex. les administrations locales), ce budget est de 365 millions, qui représente 0,8% du PIB[1], sans compter les exemptions fiscales. En même temps la dette de l’État central est de 7,5 milliards d’euros[2]. Entre 2007 et 2013 la dette publique a augmenté 328%[3], sans parler maintenant de la dette implicite qu’est un pourcentage du PIB à quatre chiffres, et des déficits, notamment des prélèvements de dette pour les couvrir. Pourquoi le secteur de la culture devrait-il être épargné d’une révision des dépenses de l’État? Comme demandait Frédérique Bastiat:

« Si vous voulez subventionner tout ce qui est bon et utile, où vous arrêterez-vous dans cette voie, et ne serez-vous pas entraînés logiquement à constituer une liste civile à l’agriculture, à l’industrie, au commerce, à la bienfaisance, à l’instruction? »

Et oui je cite Bastiat parce que non seulement a-t’il consacré un partie importante de son chef d’œuvre Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas (que je vous invite à lire) aux subventions de l’art, mais parce qu’il a trouvé les bons mots pour décrire une situation qui est aussi valable aujourd’hui qu’elle était en 1850.

En effet, tous les secteurs touchés par des mesures d’économie réclament être si importants qu’il ne faudrait pas toucher à leur budget. En même temps les déficits et les dettes se cumulent pour nous retomber un jour sur la tête. Par ailleurs faudra-t-il du courage à ceux qui ne sont pas reconnues comme artistes par le législateur, obligés de produire ce qu’on leur impose afin de toucher des subventions.

Faut-il alors subventionner la culture?, vous demanderiez vous. Et bien oui il faut payer pour la culture, mais il est bien étonnant d’entendre que seul des subventions étatiques parviendront à le faire. Les 365 millions d’euros, prélevés par l’imposition, ne sont-ils que réels s’ils sont dépensés pour les théâtres, les expositions d’art contemporain etc.? Nous ne voyons pas le potentiel de ces 365 millions euros, gardés par ceux qui les ont gagné.

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Nous savons que ce que nous appelons l’art a été créé sans l’intervention de l’État. Pensez aux bandes dessinés vendus par les millions, les grands concerts de musique, les peintures exposés dans le Louvre, l’art de la télévision et des jeux vidéos, les caricatures des journaux; ils sont nés de l’initiative privée!  Le fait que nous croyons que sans les subventions, l’art disparaîtra est cependant tout à fait normal: nous sommes habitués à cette idée. Ceux qui prônent l’utilité des subventions mettent leur confiance dans les mains du législateur, tant qu’il faudrait les mettre dans la main des hommes, capables de créer et d’innover, sans devoir s’adapter à l’arbitraire d’un législateur et sa définition de ce qui est l’art, le sport etc. Si on veut garantir le pluralisme il faut libérer l’art![4]

Marie-Laure Rolland décrit le risque de voir un lien entre l’économie et la culture, s’attaquant à une fondation:

“La Fondation Idea, qui émane de la Chambre de commerce, a ainsi récemment publié un rapport qui propose «10 actions culturelles fortes» à mettre en œuvre. L’idée est louable mais, outre le fait que ce document repose sur des statistiques contestables, le risque est que l’on aboutisse à une instrumentalisation de la Culture à des fins économiques.”

En effet le rapport sur l’idée du mois #5 de la Fondation Idea nous soumet des sources parfois un peu discutables (notamment quand il nous donne “calculs Idea” comme source…). Tout de même, les 10 idées sont une contribution modeste au plan de développement culturel, tant que l’article de Madame Rolland est aucune contribution à l’information de ses lecteurs. Les propositions Idea ne divergent pas du modèle de subventions actuel, ils essaient simplement de le rendre plus efficace et de dépenser moins de cette manière.

Maggy Nagel a raison de mener sa politique, parce qu’elle rendra plus efficace les dépenses pour la culture. A long terme, je lui confie même le courage de réévaluer le rôle de l’État dans le subventionnement de la culture.

9a9b6726bcf09f8df7f1e5dde7d73bf6d1a06e25Maggy Nagel, Ministre de la Culture (Source)

Que a-t’il de mal si les créations artistiques conviennent à la demande de ceux qui veulent le connaître? Dans une logique où la culture est exemptée de cette règle, ne faudrait-il pas détruire la position importante du football en faveur des disciplines sportives peu connues ou garantir que tous les supermarchés offres des produits qui ne sont qu’achetés par une dizaines de personnes? L’innovation dans l’art n’est pas contraire à la demande, elle est un facteur clé de cette industrie.

Auront nous dans un tel système des pièces de théâtre qui ne pourront pas avoir lieu ou des jeunes réalisateurs avec une idée irréalisable sous l’état de leurs finances? Et bien oui ce sera le cas. Il faut voir tout de même que c’est déjà le cas aujourd’hui, et non seulement pour des jeunes artistes, mais aussi pour des entrepreneurs de toutes sortes qui n’arrivent pas à faire marcher leur modèle de commerce. La liberté des choix nous mènent aussi à faire des mauvais choix et à ne pas avoir du succès. Croyons-nous que chaque initiative sans succès mérite avoir l’aide de l’État, donc de l’argent des autres? Ce n’est pas l’État qui devrait faire le choix entre ce qui est légitime d’avoir du subventionnement et de ce qui ne l’est pas, mais ce sont les citoyens qui devraient le faire.

Pour faire ces choix librement, il faut tout de même que les citoyens regagnent la responsabilité sur leur propre argent. Il faut réduire les charges fiscales. En ce sens on devra, avec impatience, attendre la reforme fiscale de 2016.

Ça tourne!


[1] Source

[2] Source: la Trésorerie de l’État

[3] Source: la Trésorerie de l’État

[4] Une partie particulièrement consacrée à mes amis conservateurs du CSJ qui ont affirmé l’opposé dans un communiqué de presse qui date de novembre.

Pictures are Creative Commons.

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